Abd El Rahman Chahabandar (1879-1940)

Abd El Rahman Chahbandar

Abd El Rahman Chahbandar

Médecin et homme politique syrien, né en 1879, à Damas, son père était commerçant. Orphelin à six ans, il part à Beyrouth en 1896 pour étudier la médecine à l’Université américaine. Major de sa classe, il prononce le discours de sa promotion en 1901, dans lequel il attribue le retard de l’Orient à la mauvaise éducation, au despotisme de l’Etat et à l’isolement de ces contrés des autres nations avancées.
De retour à Damas, il rejoint le cercle réformateur de Cheikh Taher Al-Jazayri. Accusé de rédiger un tract contre les Soufis et un article contre le Sultan, il est traduit en justice mais relâché pour son jeune âge.

De nouveau à Beyrouth, pour compléter ses études, il appelle dans son discours de fin d’études, à la tolérance et y dénonce le confessionnalisme d’esprit répandu dans le pays.

Exerçant, en tant que médecin à Damas à partir de 1908, il multiplie les prises de positions aussi bien en public que dans les journaux, appelant aux réformes et à l’autonomie des pays de langue arabe au sein de l’empire Ottoman. En 1915, il fuit la répression conduite par Jamal Pacha, échappant ainsi à la pendaison dont furent victimes des dizaines de nationalistes et des réformateurs syriens et libanais.

En 1918, il fut nommé ministre des affaires étrangères dans le premier gouvernement syrien dirigé par le roi Faysal, après l’éviction des Turques. Opposant résolu au protectorat français, il prend de nouveau la fuite après l’entrée des Français en 1920, puis y revient suite une amnistie générale.

Arrêté et jugé par le pouvoir mandataire, il fut à son insu, la cause de la première manifestation féminine de l’histoire du pays, partie de sa maison, le 10 avril 1922, pour protester contre les arrestations des patriotes et demandant leur libération. Condamné à 20 ans de prison, alors que les autres furent condamnés à des peines allant de 5 à 10 ans, il fut relâché, avec ses co-détenus, après 19 mois de détention.

Nationaliste arabe convaincu et proche des sociaux-démocrates européens, il part, après sa libération en Europe et aux Etats-Unis, et ne rentre qu’en 1924. Décidé de jouer un rôle politique, il fonde, en mai 1925, le Parti du peuple lequel réclame l’unité et l’indépendance du pays dans le cadre d’un régime démocratique.

Il s’engage dans la révolution syrienne contre le mandat français (1925-1927), il y participe activement, aussi bien sur le plan politique, que sur le plan de l’organisation. Il est Condamné à mort par contumace pour ces activités et quitte la Syrie pour l’Egypte où il reste jusqu’à l’amnistie décrétée en 1937, qui suit le traité franco-syrien de 1936. Cette même année, il publie ses articles dans un livre intitulé Les grandes questions sociales dans le monde arabe, où il expose ses opinions modernistes et gauchisantes sur divers sujets politiques et sociaux (femme, famille, État, religion, morale, etc.).

Après un retour triomphant en 1937, il s’istalle à nouveau à Damas durant l’été 1938. Son opposition au traité franco-syrien signé par le Bloc national, et sa non-participation au gouvernement, rendent encore plus problématiques ses relations avec certains leaders du Bloc qui dominait la vie politique syrienne à l’époque, notamment Choukri Al-Kouatli, future Président de la République et Jamil Mardam Bey. Ce dernier, Premier ministre de l’époque, ordonne de le placer en résidence surveillée pendant deux mois. Au désaccord politique, s’ajoutent des rivalités personnelles, des différends intellectuels et sociaux ainsi que des alliances régionales divergentes. Issu de la bourgeoisie moyenne commerçante, sans base sociale, à la fois intellectuel et homme politique, Chahabandar était, de plus, favorable à une alliance avec la famille Hachémite qui tenait le pouvoir en Irak et en Jordanie. À l’opposé, Kouatli et Mardam, sont des purs politiciens et des grands propriétaires terriens, disposant d’un réseau d’influence due à leur rang, avaient des liens solides et familiers avec les Saoudiens.

Sa popularité qui ne cessait de monter au détriment du Bloc national se trouve confrontée à des rumeurs infondées, l’accusant de « rouler » pour les Anglais, d’une part, et au désordre qui régnait dans son nouveau parti, le Comité populaire (Al Hay’at Al Chaabia), formé en mars 1939, d’autre part. Désordre dû (en réalité) aux rivalités personnelles au sein de sa direction.

Le 6 juillet 1940, trois hommes, se faisant passer pour des patients, entrent dans son cabinet. L’un d’eux, Ahmad Assassa lui tire une balle dans la tête qui l’achève sur le champ.

Son assassinat soulève un émoi dans le pays. Les regards accusateurs se tournent vers les dirigeants du Bloc national, soupçonnés de vouloir se débarrasser d’un adversaire gênant. Mais Jamil Mardam Bay et ses amis n’ont pas été reconnus coupables par le tribunal, bien que le fils de Chahabandar maintienne encore ces accusations, jusqu’à la fin des années 1980.

Le procès trouve des coupables mais pas d’instigateurs : six personnes furent condamnées à mort, dont trois exécutés, et trois autres condamnés à 25 ans de prison.

Esprit indépendant, tribun, charismatique, cultivé, engagé, résolument moderne et démocrate, plus de 70 ans après sa disparition, Chahabandar, quoi que l’on pense de ses idées et de son action politique, reste la personnalité politique syrienne la plus originale et la plus puissante.

Il avait tous les atouts personnels pour devenir un leader historique et, peut-être, pour changer le destin tragique de notre pays : la Syrie.

Par Bassam Chaghouri

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