Ces femmes guidant le peuple

"La liberté guidant le peuple" de l'artiste Edward Shahda

« La liberté guidant le peuple » de l’artiste Edward Shahda

Du Nord au Sud, les Syriens et Syriennes affrontent un monstre à deux têtes : Daech et le régime. S’il serait bien simpliste de les assimiler à une seule et même terreur, il faut quand même se rappeler que le régime a créé toutes les conditions matérielles et historiques qui ont permis à Daech d’exister et de se développer en encourageant le confessionnalisme et en exacerbant les tensions entre les différents partis qui s’affrontent en Syrie. Une Syrie prise entre l’enclume et le marteau, qui résiste encore dans le silence et l’oubli quasi total. Parmi ces Syriens, deux femmes : Majd (« gloire » en français) et Souad (« joie ») ont tenu et tiennent encore tête au régime et aux islamistes radicaux menacées dans leur liberté, de leur vie et celles de leurs proches.

Majd Sharabje, opposante civile, née en 1981, et mère de trois enfants, a participé activement au soulèvement pacifiste dans sa ville de Daraya (banlieue de Damas). Elle a été détenue par les services de renseignement du régime Assad le 31 janvier 2012 pour avoir participé à une action citoyenne de nettoyage des rues de sa ville. Son mari, qui l’a suivi dans son centre de détention afin de tenter de la libérer, a été lui aussi mis en prison et torturé à mort. Majd est sortie après sept mois de détention et elle continue de militer pacifiquement, notamment en faveur des anciennes détenues politiques afin de faciliter leur intégration sociale. Majd s’est vue attribuer le prestigieux « Prix international Femme de courage » décerné chaque année par le Département d’État américain aux femmes du monde entier qui ont fait preuve de leadership, de courage, d’ingéniosité et de volonté de se sacrifier pour les autres, en particulier pour une meilleure promotion des droits des femmes. Majd recevra son prix le 8 mars 2015 pour la journée internationale des droits des femmes.

Souad Nawfal a été parmi celles qui ont manifesté contre le régime en organisant les attroupements mobiles éclair rassemblant 7 à 10 personnes qui manifestent et se dispersent rapidement pour éviter les forces de l’ordre dont la présence sur le terrain est massive. Elle a été convoquée plusieurs fois pour des interrogatoires. Mais elle ne s’est jamais tue et a toujours réclamé la chute du régime d’Assad. Quand Raqqa, sa ville natale, a été prise par Daech et suite aux enlèvements dont ceux du père Paolo et de Firas al-Haj Saleh et autres, Souad a continué, malgré le danger, de manifester et de s’exprimer contre le règne obscurantiste et terroriste de Daech en faisant des sit-in quotidiens, portant des pancartes dénonçant l’oppression et la répression commises par Daech au nom de l’islam. Elle a été menace et acculée à quitter sa ville. Elle vit actuellement en Europe. Souad s’est vue décernée le prix Homo Homini des droits de l’Homme pour sa lutte en faveur de la liberté et des droits humains.

Ces deux femmes qui représentent la Syrie fière, humaine et libre sont les preuves vivantes et pérennes que la révolution malmenée, oubliée et humiliée n’est pas finie. Elle continue et quand elle vaincra -car elle vaincra-. Un Delacroix syrien peindra une femme aux multiples visages, ceux de Majd, Souad, Razzan, Samira brandissant victorieusement le drapeau à trois étoiles au-dessus d’une rivière de sang, de cadavres défigurés et… de jasmin.

Par Rania Ghanem

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