Dernier hommage à Fadwa Suleiman

Il y a un an de cela, Fadwa nous avait fait l’honneur d’inaugurer notre première Traversée syrienne sur la péniche pour la Paix. Celle-ci avait pour thème « Le mouvement pacifique syrien », un mouvement qui lui était cher et dont elle a été l’emblème et le cœur battant. Elle a bien entendu, comme à chaque fois qu’on faisait appel à elle, répondu présente. Elle a lu des poèmes qu’elle avait composé en arabe, puis en français, langue qu’elle a apprise remarquablement vite, car elle « voulait transmettre un message de paix » disait-elle. Ce message devait selon elle se frayer un chemin entre les gens, loin des discours diplomatiques et politiques car : « les révolutions étaient faites par les peuples et ne pouvaient être entendues et comprises que par eux ». Elle a ému un auditoire attentif et nous a fait vibrer. Accompagnée des musiciens, elle s’est même mise à chanter spontanément, d’une voix chaude et vibrante d’émotion… C’était il y a un an.

Ce maudit 17 août 2017, la maladie a emporté soudainement Fadwa, dans la fleur de l’âge, loin de chez elle, loin de sa Syrie natale qu’elle rêvait de voir libérée de ses chaînes. Fadwa avait pourtant tout sacrifié pour cette révolution dans laquelle elle a cru contre vents et marées. Elle conduisait les manifestations à Damas et à Homs à visage découvert et avec un courage hors du commun. Puis en exil, à Paris, en province, sur scène, partout, elle était habitée par la Syrie, par son combat.

Fadwa n’est pas seulement une icône de la révolution syrienne, dont elle a porté le drapeau et scandé les slogans. Fadwa est un être entier qui s’est dévouée cœur et âme à la Syrie, au peuple syrien qu’elle aimait tant. Fadwa est une voix rebelle qui jusqu’au bout refusait d’être éteinte.

Fadwa était aussi sans concession, elle détestait farouchement les armes et s’est opposée à leur emploi. Fadwa semblait trop idéaliste pour certains, trop extrême pour d’autres. Mais Fadwa était une militante entière et rebelle. Fadwa restera dans nos mémoires et nos cœurs : une femme courageuse, généreuse, qui a refusé la tyrannie, qui rêvait de liberté, une femme qui a voulu rompre le silence face à un bain de sang qui n’a que trop duré.

Adieu Fadwa, repose en paix ! Tu rejoins le cortège de ces hommes et femmes qui ont écrit une page de l’histoire de ce beau pays. Une page que certains essaieront certainement de diminuer, de réécrire ou de déformer plus tard, mais grâce à ton courage et à celui de tant d’autres Syriens, on ne pourra jamais nier l’existence de ce qui fut et demeurera « la révolution syrienne ».

Par Racha Abazied

Fadwa Suleiman lisant ses poèmes lors de notre première Traversée syrienne, le 28 mai 2016

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