Hommage à Omar Amiralay

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Il est parti laissant derrière lui le déluge qui devait submerger le Baas…
Il est parti après avoir salué les deux révolutions tunisienne et égyptienne…
Il est parti peu de temps avant le début de la révolution syrienne, comme s’il refusait de voir sa Syrie chérie noyée dans le sang de ses enfants… Il s’agit du grand cinéaste et opposant syrien Omar Amiralay. D’origine caucasienne, il est né à Damas en 1944. Son père est mort alors qu’il était encore enfant. Il a été élevé par sa mère, avec qui il avait une relation très fusionnelle et unique.

En 1965, Amiralay commence des études musicales au conservatoire de Berlin. Entre 1966 et 1967, il poursuit des études théâtrales à Paris. Ensuite, il continue ses études académiques à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) à Paris avant de retourner à Damas en 1970.

Connu pour ses films documentaires, Amiralay tourne en 1996 « Par un jour de violence ordinaire, mon ami Michel Seurat… » où, dix ans après l’assassinat du célèbre sociologue, il enquête sur les conditions de son enlèvement et recueille le témoignage de ses proches. En 2000, il consacre un film sur l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, « L’homme aux semelles d’or » qui présente une rare rencontre entre le cinéaste de gauche, marqué par la révolution de mai 1968 à Paris, et le grand et riche homme d’affaires. Son film « Déluge au pays du Baas », qui marque en 2003 une rupture franche et directe avec le régime syrien, reçoit le prix du meilleur court-métrage de la biennale du cinéma arabe de l’Institut du monde arabe à Paris. Amiralay compte dans son actif plusieurs long-métrages dont « La vie quotidienne d’un village syrien », réalisé en 1976 en collaboration avec le dramaturge Saadallah Wannous. La plupart de ses films restent aujourd’hui interdits en Syrie.

Un des grands talents d’Amiralay réside en sa capacité à transformer sa caméra en un outil dénonçant la vie économique et sociale de son pays sous l’emprise du régime. Il dit : « Je voudrais transformer l’injustice en un cauchemar permanent pour ceux qui la commettent. C’est mon devoir de montrer cette injustice aux nouvelles générations qui vont la juger et la condamner… cela me suffit amplement. »

Ceux qui l’ont connu, n’auraient jamais imaginer que l’auteur du déluge partirait alors que la Syrie traverse des moments historiques. Lors de sa dernière rencontre avec son ami, Oussama Mohammad, il lui dit : « Je retourne à Damas attendre la révolution et resterai perché à ma fenêtre. »

Omar Amiralay est parti, il nous a quité le 5 février 2011 laissant derrière lui la Syrie à feu et à sang… Mais il restera à jamais dans nos mémoires, guettant la victoire par la fenêtre de sa maison damascène…

Par Nemat A.

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