« Homs, chronique d’une révolte », le film de Talal Derki vu par une Homsiote

Affiche du film

Affiche du film


Parfois, dans les manifestations auxquelles j’ai participé à Homs en 2011, on entendait une rumeur, puis des chuchotements qui devenaient vite des cris de joie : « Sarout va arriver… Il est là, le voilà ! ». C’était notre signal !

Je me souviens comme si c’était hier de l’une de ces manifestations, dans le vieux quartier de Khaldyieh, le berceau de la révolution dans cette ville. J’ai accompagné le cortège, on était tous derrière Sarout, on chantait avec force et espoir, bravant le régime…

Abdel Basset Sarout, ce jeune homme de 19 ans, ancien gardien de but de l’équipe nationale était devenu le symbole et le leader des manifestations pacifiques. Je n’aurais jamais pensé à l’époque que ce jeune homme qui enflammait nos manifestations avec ses chansons improvisées, courageuses et enthousiastes, criant à pleine voix « la Syrie veut la liberté », allait être un jour une personne célèbre et qu’on le verrait sur les écrans internationaux.

Le documentaire syrien « Retour à Homs » (titre original du film), déjà projeté dans le cadre du Festival international du film documentaire d’Amsterdam, a également reçu le prix du meilleur documentaire au festival américain Sundance.

« Retour à Homs» fait la chronique d’une révolution qui a commencé pacifique et qui, malgré elle, est devenue une lutte armée, pour se perdre finalement dans les ténèbres d’une violence qu’elle n’a pas choisie.

Le producteur du film, Orwa Nyrabieh, a voulu contrer la vision du conflit imposée par le pouvoir d’Assad, à savoir, celle d’une guerre opposant le régime et les islamistes. Son objectif était de montrer ce que ressent le peuple syrien, révéler ce qui se passe en réalité à Homs et par conséquent en Syrie.

Talal Derki, le réalisateur, dresse le portrait d’un groupe de jeunes syriens qui voient leur rêve d’une révolution pacifique s’envoler au fur et à mesure que leur ville, Homs, est détruite par les combats.

Pendant plus de deux ans, Derki accompagne ses personnages, de jeunes combattants devenus des héros : Sarout, le jeune footballeur et Oussama 24 ans, journaliste pacifiste dont les opinions vont évoluer suite à sa détention par les forces de sécurité.

Face à la répression sanglante d’un régime qui attaque directement la population civile, Sarout et Oussama se transforment peu à peu en guerriers. De l’automne 2011 jusqu’à avril 2013, Derki les filme de très près, confiant la caméra à l’un des plus proches compagnons de Sarout. Ainsi, le film se poursuit coûte que coûte, même durant le siège. Derki dirige le caméraman à distance quand il ne peut être sur place, en communiquant avec lui chaque jour. Les images montrent comment Homs était devenue la cible des bombardements massifs. On suit les massacres, l’exode des civils et la famine qui progresse dans la zone encerclée par l’armée d’Assad. On vit avec ces jeunes combattants dans les quartiers éventrés d’une ville fantôme et affamée.

Talal Derki n’a jamais l’attitude du réalisateur distant, il apparaît dans le film comme un simple témoin sincère, l’ami de ses jeunes héros entraînés dans un combat cruellement inégal. Avec lui, on assiste à l’agonie lente de quartiers entiers où la mort guette jeunes et vieux.

Ce film est le journal intime d’une révolution où tous les personnages, réalisateur et cameraman y compris, ont failli mourir plusieurs fois. Malgré tous les dangers, le projet est mené à bout en surmontant les moments de doutes et de peur.

A New York, Derki dira : « Nous devions faire ce film pour nos amis qui sont morts, pour les générations à venir, dans l’espoir de voir un jour notre pays redevenir une nation forte ».

Cette chronique bouleversante du siège de Homs ne peut que toucher par la force de son réalisme tous ceux qui ont connu Homs et au-delà, tout un chacun. On ne peut rester indifférent à la réalité amère, la mort qui règne sur le pays, la torture des détenus, la faim des enfants, les cadavres jetés aux ordures, toutes ces images qui brisent le cœur.

Moi, simple spectatrice, je ne suis ni cinéaste, ni critique, mais j’ai revécu dans cette chronique des moments du passé, ceux des débuts : un idéal révolutionnaire pur et pacifiste sacrifié sur l’autel de la barbarie.

Il se peut qu’on trouve dans l’histoire du cinéma de meilleurs films documentaires. Cependant ce qui est sûr, c’est qu’on ne trouvera pas de film où les réalisateurs ont arraché ainsi les images au plus près de la mort pour nous les montrer avec tant de sincérité. C’est le premier film que je vois où la plupart des personnages meurent dans la vie réelle avant même que la caméra ne s’arrête de tourner. Rares aussi sont les films où le caméraman se jette entre les chars et les bombardements sans aucun effet cinématographique.

«Homs, chronique d’une révolte » est une épopée sur la jeunesse qui fait le choix forcé de prendre les armes. C’est un hommage à la Syrie, aux Syriens et surtout à tous ceux qui ont payé de leur vie pour la liberté.

Par Amal Farid

Site officiel du film : Return to Homs

Abdel Basset Sarout, héros du film

Abdel Basset Sarout, héros du film

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