« La Syrie promise », de Hala Kodmani

"La Syrie promise", Hala Kodmani, Actes Sud, 2014

« La Syrie promise », Hala Kodmani, Actes Sud, 2014

Quand on évoque la « révolution syrienne », on parle aussitôt de massacres, de destruction, de réfugiés… en somme, de souffrances et d’inhumanité, mais on oublie que cette révolution a aussi vu naître ce que l’on a appelle « l’art de la révolution ». Un ensemble de talents et de créations surgis du cœur de la souffrance, de multiples vocations, des découvertes et de nouvelles voix dans différents domaines artistiques et notamment dans la littérature.

Parmi les livres les plus émouvants écrits sur la révolution syrienne, « La Syrie promise » de Hala Kodmani occupe une place particulière. À mi-chemin entre l’essai et la fiction, il puise ses sources au-delà de la brûlante actualité, dans une vision profonde de l’histoire moderne syrienne, démontrant une véritable connaissance de la société syrienne et arabe, livrée de manière subtile et sensible.

Née à Damas, Hala Komani est journaliste indépendante et collabore, entres autres, avec Libération et L’Express. Elle a été rédactrice en chef à France 24. Elle a aussi travaillé au bureau de la Ligue des Etats arabes à Paris, puis à l’organisation internationale de la francophonie. Elle anime des ateliers de formation de jeunes journalistes, notamment syriens.

Le livre est présenté sous une forme d’échanges de courriels entre l’écrivain et son père, une correspondance ordinaire qui pourrait se dérouler entre n’importe quelle fille et son père, sauf qu’ici c’est une correspondance avec un père décédé, que sa fille invite à vivre avec elle les moments historiques du Printemps arabe.
Cette correspondance entre deux générations happe littéralement le lecteur qui a l’impression de se plonger dans la biographie du père, voire dans une saga familiale racontée dans un style intelligent où se mêle passé et présent, privé et public.

D’une part, on partage avec la narratrice les évènements du Printemps arabe, les premiers moments de la révolution syrienne, l’enthousiasme, la joie de voir les Syriens briser enfin le mur de la peur, les premières étapes de la formation de l’opposition à l’étranger.

D’autre part, l’auteure nous fait revivre le passé à travers les lettres de son père décédé qui a eu une carrière professionnelle très riche, traçant l’histoire moderne de la Syrie et celle des pays arabes : le début du nationalisme arabe, suivi par la déception et la défaite des Arabes en Palestine par exemple. Le lecteur suit au fil de cette correspondance passionnée les débuts pacifiques de la révolution et apprend comment au fur et à mesure la violence du régime a obligé les rebelles à prendre les armes pour se défendre, avant de se perdre finalement dans les divisions des groupes armés.

Dans le même temps, on admire dans cette écriture épistolaire la finesse des interrogations sur l’opposition syrienne à l’étranger et sur la situation actuelle de la révolution syrienne, amenées de façon intelligente, indirecte, intuitive sans porter de jugement définitif.
Hala Kodmani avec sa « Syrie promise » nous raconte comment la révolution syrienne a réanimé en elle l’amour du pays de ses origines et son identité nationale, et comment elle a ressuscité le père décédé qui avait toujours rêvé d’une Syrie libre et démocratique. Mais l’espoir disparaît dans le vacarme de la violence et des armes : Le père préfère alors mourir une seconde fois afin de garder une lueur d’espoir plutôt que de voir les groupes armés s’emparer de cette révolution née pacifique.

Lire Hala Kodmani dans cette « Syrie promise », c’est répondre à une invitation, à un voyage intime vers une Syrie aimée, qui s’éveille, sombre, mais reste un lieu de promesse et d’accomplissement à venir…

Par Nemat Atassi

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