L’enfer syrien, raconté grâce au courage d’une journaliste

"Infiltrée dans l'enfer Syrien, du printemps de Damas à l'Etat islamique" (éd. Stock, 2014)

« Infiltrée dans l’enfer Syrien,
du printemps de Damas à l’Etat islamique »
(éd. Stock, 2014)

L’ouvrage de Sofia Amara est un document unique sur la Syrie. Écrit sous la forme d’un journal, il se lit à la fois comme un récit et un témoignage rare sur la réalité syrienne. Le lecteur est invité à accompagner la journaliste dans ses infiltrations courageuses au cœur des évènements qui secouent la Syrie dès le début de la révolution syrienne en 2011 et jusqu’à la naissance de l’État islamique.

Sofia Amara est la première journaliste ayant pu ramener des images filmées de Syrie. Après plusieurs reportages pour la télévision, elle publie « Infiltrée dans l’enfer syrien, du printemps de Damas à l’État islamique » (éd. Stock), qu’elle décide d’écrire en 2013, lorsqu’elle sent la montée fulgurante, mais pourtant prévisible, de l’Etat islamique et le désintérêt grandissant pour les massacres perpétrés à échelle industrielle ; désintérêt qui s’explique partiellement par la fermeture du pays aux journalistes.

Ce livre est un appel à regarder la révolte syrienne de l’intérieur, à travers ceux qui la mènent sur le terrain et non pas uniquement à travers des grilles de lecture et analyses « plaquées » de l’extérieur. Il est un cri d’alarme lancé au visage d’une communauté internationale engluée dans l’inaction devant les horreurs commises chaque jour dans ce pays. C’est aussi un hommage à tous les journalistes qui enquêtent au péril de leur vie, pour témoigner, donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et faire connaître au monde ce qui se passe dans des lieux devenus inaccessibles.

L’ouvrage s’articule autour des voyages effectués par Sofia, éclairés par des commentaires sur moments clés qui ponctuent les évènements entre 2011 et 2013. Elle rencontre les principaux protagonistes et activistes du mouvement de la résistance pacifique des débuts de la révolution syrienne. Elle recueille leurs témoignages, les accompagnent, parle des risques qu’ils encourent mais aussi de leur soif de liberté et leur formidable mobilisation.

Elle assiste ensuite à la naissance de la lutte armée à Rastan avec les premiers déserteurs « officiers libres », et suit de près les rebelles de l’Armée libre syrienne (ALS) à Homs. Sous les balles des snipers et les tirs de mortier, elle rapporte les souffrances du quartier assiégé de Baba Amro, devenu symbole de la lutte anti-Assad. Elle recueille notamment les témoignages d’un médecin et d’une infirmière sur les tortures pratiquées dans les hôpitaux transformés en mouroirs et centres d’interrogatoires des activistes et civils blessés. Elle manque de se faire tuer dans une fusillade dans la Ghoutta (banlieue de Damas) prise de cible par les milices du régime.

Sofia parle aussi de l’islamisation progressive du conflit qui résulte de la répression atroce subie par les factions progressistes de la rébellion et de l’abandon par la communauté internationale des Syriens livrés à eux-mêmes contre un régime totalitaire. Elle rappelle également que Daech, sert la propagande d’un régime des plus sanguinaires de l’histoire contemporaine et que ce dernier a largement participé à sa création en libérant les chefs de ce mouvement en 2011.

Sofia Amara prend des risques énormes pour rapporter la réalité du terrain. Elle nous livre l’enfer d’un pays subissant une tyrannie monstrueuse, celle du régime de Bachar Al-Assad, engendrant, à son tour, un autre monstre. L’Occident, lui, n’a su choisir ni le moment ni le bon message pour son intervention. Contrer Daech en omettant les crimes contre l’humanité de Bachar al-Assad, c’est oublier l’autre revers d’une même médaille. Les deux sont interdépendants, ils se nourrissent du chaos et de l’effroi qu’ils infligent, on ne se débarrassera pas de l’un sans l’autre.

Sofia Amara
Journaliste franco-marocaine, elle collabore depuis Beyrouth, en tant que grand reporter et réalisatrice, avec divers médias et sociétés de production comme LCI, France 24, Canal +, Arte, TSR, Radio Canada, Capa, Avanti Production et Magneto Presse. Considérée comme la première journaliste occidentale à être entrée en Syrie, elle reçoit, en décembre 2011, le Grand Prix Jean-Louis Calderon. En plus de son dernier ouvrage, elle est l’auteur de plusieurs documentaires sur le monde arabe, dont deux reportages sur la Syrie :
Syrie, au cœur de l’armée libre, (Arte reportage, 26’), 2012.
Syrie, dans l’enfer de la répression, (Arte, 52’), 2011.

Par Racha Abazied

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Email this to someone