Les Réfugiés du Rap (Refugees of Rap) : la musique est un cri contre la tyrannie

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En 2007, Mohamed Jamous (24 ans) et son frère Yasser (25 ans) fondent les Refugees of Rap, le premier groupe de rap syrien. A l’époque, ils sont 4, tous issus du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, situé dans la banlieue de Damas. En 2013, menacé en raison du contenu de leur texte, le groupe fuit la Syrie après la destruction de son studio. Les deux frères s’exilent en France pour tenter de trouver de nouveaux champs d’expression, un nouveau lieu de refuge où ils pourront continuer à faire de la musique loin de la répression. Ahmad et Mohamed, les deux autres membres du groupe, sont partis respectivement en Algérie et en Egypte. Malgré la distance, ils continuent à échanger sur leurs nouveaux morceaux, et composent ensemble, tant bien que mal.

Les premiers morceaux des Refugees of Rap sont déjà des textes dénonciateurs. Ils s’attaquent à la corruption, à l’absence de liberté d’expression et parlent des aspirations de leur génération pour un avenir meilleur, loin de l’univers confiné du camp dont ils sont originaires. Ils enregistrent un premier album « Refugees of rap » en 2007 puis un second opus « Face to Face » en 2010.

Haram

Avec l’éclatement de la révolution syrienne, leurs textes deviennent encore plus incisifs, c’est leur manière à eux de soutenir la révolution. En mai 2011, Raja, un ami rappeur italien, est arrêté et battu. Ils décident d’enregistrer une chanson qui deviendra le titre de l’album (sorti enfin à Paris en 2014) : « The Age of Silence ». Dans cet album, ils exhortent les Syriens à se réveiller, à prendre la parole et à renverser le régime qui les oppresse. Quand les menaces du régime deviennent insoutenables, ils décident de quitter leur pays.

Zaman al-Samt (« l’âge du silence »)

En France aujourd’hui, le groupe désormais formé de Yasser et Mohamed, n’oublie pas ses origines et tente d’éveiller les consciences sur ce qui se passe en Syrie, et parlent de la souffrance du camp du Yarmouk qui, assiégé durant de long mois, a compté plus de 150 morts de faim…

Traduction du texte écrit en hommage à un ami qui mourant de faim essayé de briser le siège, il sera abattu par un sniper :

Le siège de Yarmouk

Assiégé civil
Mon corps s’est habitué à quelque chose
que jamais j’aurais pu penser possible
Il mange de tout :
Les feuilles des arbres,
le pain de lentilles,
la viande de chats et de chiens.
Mes dents peuvent même mâcher les pierres.

Chez nous, prostrée
ma mère me dit :
Et après ? Comment tout ça finira ?
Regarde le corps de ton petit frère !
Mon père, lui, a des rides sur le visage qui font peine à voir.

Je sors marcher
je vois que maintenant il y a des « usuriers du siège ».
Bien qu’ils vivent parmi nous,
j’ai compris qu’eux vivaient
en se nourrissant de notre sang.

Alors j’ai pensé que je défierais la mort
j’ai décidé de la traverser et passer par-dessus elle.
J’ai songé à mon amour de l’autre côté
et j’ai couru, couru ma poitrine offerte
J’ai crié à en perdre le souffle : je briserai le siège !

Un type sur un toit au loin,
m’a répondu avec deux mots
un pour mon cœur, l’autre pour ma poitrine
le premier m’a libéré moi seul du siège,
tandis que l’autre me maudissait.
Mon pote m’a traîné jusqu’à ma mère
Elle me dit : ah si seulement ce type m’avait répondu à moi !
Mon fils, pourquoi ne m’a-t-il pas tuée à ta place ?

Mon âme est montée au ciel !

Site officiel

Par Racha Abazied

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