Magasins, la première pièce du théâtre libre en Syrie

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Au milieu des ruines d’Alep et dans une salle des fêtes délaissée et à moitié détruite, de la contrôlée par les groupes de l’opposition syrienne, la troupe Bread Way a donné la première représentation d’une pièce intitulée  » Magasins ». Cette pièce de théâtre est la première œuvre artistique qui échappe à la surveillance du régime Assad depuis cinquante ans.

Bread Way une troupe créée par le metteur en scène syrien d’origine palestinienne Salman Mohammad (clin d’œil à Broadway, le grand boulevard des théâtres de New York), envoie un message d’Alep, la ville la plus dangereuse dans le monde à la ville américaine, la plus florissante artistiquement pour les arts de la scène : l’art existera en dépit de tous et de tout.

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« Magasins », écrit et mis en scène par Salman Mohammad, a été présenté trois jours de suite, du 8 au 10 septembre 2014. Plus de cent spectateurs ont assisté à cette pièce, dont un grand nombre des militaires de l’opposition syrienne qui sont entrés dans la salle désarmés malgré tous les dangers.
Wael, un des spectateurs, témoigne : « cette œuvre est magnifique, surtout présentée au milieu des ruines de notre ville. Ça nous donne plus de courage et d’espoir, on peut reconstruire notre pays, non seulement les pierres mais aussi les individus qui ont été oppressés depuis des décennies. »
Répondant à la question si les conditions de vie dangereuses à Alep empêchent la réalisation de tels projets culturels, Wael dit : « non, je ne pense pas, car les habitants d’Alep s’y habituent et ont le courage et la détermination de vivre. »
Le metteur en scène, un des premiers activistes de la révolution syrienne depuis 2011, a été obligé de se réfugier en Turquie pendant un an. Aujourd’hui, il est de retour à Alep : « je ne serai pas réfugié deux fois. Après avoir perdu mon pays natal : la Palestine, je n’ai pas l’intention de perdre mon deuxième pays, la Syrie. »
Cette pièce de théâtre a échappé miraculeusement à la surveillance et aux rapports des agents secrets du régime. Le metteur en scène ajoute : « Le règne de Bachar a banalisé l’art et le privant de toute valeur artistique et toute vision critique. »

« Magasins » est une pièce qui parle de ceux qui ont profité de la révolution, changeant de discours en fonction de leurs intérêts, en présentant cinq modèles qui ont influencé la révolution syrienne. À savoir : le commerçant, le professeur, le militaire, le journaliste et l’homme politique ; tandis que la conscience du peuple est représentée par les manifestants.

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Les artistes qui ont joué dans cette pièce ne sont pas des comédiens professionnels -des hommes venus de toute la Syrie, ce sont des médecins, secouristes, militaires et journalistes-, et la plupart d’entre eux n’avaient jusqu’alors aucune expérience artistique.

Cette pièce est autofinancée par les membres de la troupe elle-même et grâce à quelques dons d’amis et des commerçants. Ils ont refusé toute aide et financement afin de « ne pas être dépendants de ceux qui donne de l’argent et de rester libres ! », précise le metteur en scène qui termine : « d’ailleurs cet autofinancement nous a encouragés, car nous retrouvons l’esprit des premiers jours de notre révolution. »

Par Nemat A., extrait de l’article du journal Al-Arabi Al-Jadid, paru le 20 sept 2014

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