Marie Ajami (1888-1965), pionnière du journalisme féminin

Mari Ajami

Mari Ajami

Pionnière du journalisme féminin : tribune des droits de la femme et de la résistance.
Écrivain, poète et journaliste, Maire Ajami, née à Damas, s’impose tant par sa résistance à l’occupation ottomane et française que par sa lute pour les droits de la femme. Elle fonde en 1910 la revue Al-Arous (la Mariée), où elle critique ouvertement l’occupation ottomane et proteste contre la tyrannie de Jamal Bacha (1873-1923, Gouverneur ottoman de la Syrie et de la région de « Bilad al-Sham » en 1915). Elle revendique également les droits fondamentaux et appelle à la libération de la femme et milite activement pour ses droits à l’éducation. Sous le mandat français, Marie Ajami décide d’interrompre la publication de la revue et refuse toute aide matérielle de la part du régime du mandat français. Elle réapparaît en 1918, jusqu’en 1925, quand la publication est arrêtée définitivement.

L’amour en temps de révolution
Sa rencontre et ses fiançailles avec Petro Paoli, journaliste et opposant à l’occupation ottomane, la mènent vers un engagement plus actif dans la résistance. Paoli est détenu dans les geôles ottomanes. Tout le long de sa détention, Marie Ajami lui rend visite malgré les dangers et les menaces qui s’en suivent. Elle va jusqu’à réclamer sa liberté auprès de Jamal Bacha, et suite au refus de ce dernier, elle publie un article où elle appelle à la révolution contre l’occupation. Petro Paoli fut exécuté par pendaison le 6 mai 1916 sur la place Marjeh à Damas. Marie Ajami lance un cri poignant face aux potences de Beyrouth et Damas :

« Vous les dormeurs, combien de temps resterez-vous encore plongés dans votre torpeur ?
Vos corps ne sont-ils pas las d’être plaqué au sol ?
Levez-vous, vous avez assez dormi !
Les vents du printemps remplissent l’espace,
Les oiseaux se précipitent vers les branches,
Les fleuves vous appellent : Rejoignez-nous !
Les cœurs en ont assez d’être en manque et en détresse »

Durant le mandat français, elle continue le combat et participe activement aux manifestations dans les rues de Damas pour la libération. Face à l’exil et à la détention de ses compatriotes elle clamait :
« Une nation pour laquelle ses enfants sont prêts à verser leur sang sera victorieuse dans sa lutte. Pardonne-nous Damas. Honte à nous de collaborer avec l’occupant. Honte à nous de mendier ce qui nous revient de droit. »

En 1967, Marie Ajami qui termine ses jours dans la misère et la pauvreté, s’éteint seule et délaissée. Ses funérailles ne rassembleront qu’une poignée de personnes dont mon grand-père Fouad Shayeb qui dit ceci de Marie Ajami :
« Tu n’as pas vieilli Marie, c’est ton peuple qui a vieilli…
La vieillesse s’abat sur un peuple qui ne regarde pas au-delà des limites de son village, convaincu que le monde s’arrête à ses frontières…
Un peuple qui vit dans le présent, oubliant le passé, persuadé que le temps commence avec lui, est attaché à sa propre existence uniquement… Ce sont eux qui ont vieilli. »

Par Rania S. G.

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