Message de la Ghouta #15

ill. Etab Hrieb

Dans ma ville, la mort nous rend visite tous les jours, avec force détails
Elle prend la forme d’un baril explosif, d’un obus, d’un missile… ou même du chlore.
La mort déploie ses ailes, choisit ceux qu’elle souhaite emporter avec elle et laisse les autres.
Mais nous vivons cette mort dans ses moindres détails, chaque jour et chaque instant.

Tout commence par un bruit assourdissant, celui d’un raid que nous savons et sentons tout proche. Ensuite, tout se colore en rouge lorsque le missile explose. Durant ces moments les yeux demeurent ouverts, grand ouverts car on est alors incapable de les fermer pour se préserver ne serait-ce qu’un peu.
Quelques secondes comme pour enregistrer la scène de la mort.

Après l’exposition, tout en son et lumières, la couleur blanche se répand partout. Le pouls s’accélère et la poussière remplit le lieu.
A ce moment-là, nous ignorons tout de ce qui va nous retomber dessus : des cailloux, de la terre, du verre… des gravats.
La respiration durant ces moments devient extrêmement pénible.

Dès que le bruit de l’explosion cesse, commence le bruit des objets qui se fracassent, des pleurs des enfants.
Dans le noir, au milieu de la poussière surgissent les appels de ceux qui s’inquiètent pour leurs proches qu’ils ne distinguent pas.
Toute la scène ne dure qu’une dizaine de secondes. Dix secondes plus longues qu’une vie entière.

Lorsque nous retrouvons nos esprits et parvenons à nous assurer qu’aucun de nous n’est mort ou blessé, nous avons l’impression d’avoir gagné une seconde vie. Que la mort a choisi d’empoter d’autres que nous cette fois-ci. Qu’elle a laissé notre tour à plus tard, un moment dont elle seule a le secret.

Malgré tout cela, l’ONU nous trahit en s’associant avec nos tueurs.
Après deux semaines d’horreur, elle essaye et continue d’ailleurs d’essayer… Elle essaye de faire entrer une aide humanitaire qui ne suffira même pas à la moitié des habitants de La Ghouta.
N’avez-vous aucune conscience ? N’avez-vous aucune humanité ?
Une seule véritable réunion suffirait pourtant à arrêter les bombardements.
Cela prouve néanmoins que vous êtes aussi complices du massacre d’un demi-million de civils assiégés.

Aujourd’hui, c’est notre 15e jour dans l’abri dans une situation chaotique.
Nivin Hotary
Le 05/03/2018

(trad. par R. A.)

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