Message de la Ghouta #16

L’escalier

Cet escalier a gardé en mémoire les pas des personnes qui y descendent et remontent tous les jours, en panique, fuyant les bombes et la mort.
Les garçons s’y rassemblent pour jouer et rire alors que dans la salle à côté, se regroupent leurs pères qui les grondent car ils s’assoient sur l’escalier ou parce qu’ils crient trop fort !
S’ils les grondent autant c’est qu’ils ont peur pour eux !
Dès que les bombardements commencent, ils les grondent pour qu’ils baissent la voix, pour qu’ils puissent entendre le bruit des avions de guerre et des éclats de bombes et d’essayer de deviner où se trouve la cible.
Mais les garçons défient la peur et la mort, courant en haut chaque fois qu’ils peuvent pour ensuite dévaler l’escalier à toute vitesse au moindre bruit d’avion. Les éclats de leurs rires les précèdent comme un acte de bravoure face à la mort qui les entoure.
Ces jeunes garçons ont fui la petite salle éclairée à la flamme du briquet où il n’y avait pas de batteries, ni d’électricité pour recharger les piles et où s’entassent femmes et nourrissons en sanglots. Ils se sont échappés vers leur petit espace, cet escalier où s’exprime toute leur enfance volée et brulée par le régime et ses allies avec chaque obus, chaque baril et chaque raid.
C’est leur vacarme matinal et leur course effrénée sur cet escalier qui nous rappellent que le monde se porte encore bien et que par leurs rires et leur vigueur, ils pourront le reconstruire de nouveau.

Laila Bakry, 28/02/2018

(trad. R.G.)

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