Message de la Ghouta #17

(Ayant appris le 5 mars que des cas d’asphyxie dues à l’inhalation du chlore ont été signalés dans la Ghouta, nous publions ce témoignage datant du 25 février, relatant des faits similaires que le photographe a documenté. Nous choisissons cependant de ne pas publier les images mais laissons le lien vers l’article paru dans le Time pour ceux qui souhaitent se documenter)

ill. Ayham Van Syria

La première chose que j’ai vue, c’étaient trois enfants, au milieu de trois secouristes. J’ai demandé à un homme ce qui s’était passé. Il m’a répondu qu’une attaque chimique venait de frapper la zone d’al-Shifounia (Ghouta).

Un des blessés, qui ne pouvait dire de quel gaz il s’agissait, se rappelait cependant parfaitement de son odeur. Une odeur piquante et forte, comme celle des produits au chlore que l’on utilise pour faire le ménage. Il n’avait entendu aucune explosion. Seulement l’impact du missile s’écrasant sur le sol.

Les regards des blessés étaient exsangues, comme s’ils ployaient sous une charge extrêmement lourde. Leurs yeux semblaient pleurer. Ils respiraient avec difficulté. La plupart de leurs vêtements, imprégnés de gaz toxique, leur avaient été enlevés et ils grelotaient de froid.

Ils n’avaient pas de mots pour décrire ce qu’ils venaient de vivre. Il y avait là un bénévole de la Défense civile, qui avait été touché lui aussi. Leurs visages à tous étaient marqués par l’épuisement. L’un d’eux, tentant d’entamer une phrase, ne parvint même pas à la terminer !

L’atmosphère était silencieuse. L’angoisse et la peur régnaient sans bruit. Personne n’avait la force de crier- ni même de ressentir la souffrance ! Leur extrême fébrilité crevait les yeux.

Un blessé dit : « J’aimerais un manteau, une couverture. Je suis gelé. » Le chlore ne faisait peur à personne : ce que tous redoutaient, c’était la répétition du 21 août 2013. La répétition de cette attaque chimique la plus meurtrière d’entre toutes. C’est cette peur-là qu’on lisait sur tous les visages.

Plus tard, alors que je passais en revue mes photos, je tombai sur le visage d’un enfant dont le corps inerte était en train de se faire laver, et je me demandais : « Et si la prochaine fois, c’était mon tour ? »

Mohamad Badra, le 25 février 2018
Article complet  dans le Time

(trad. de l’arabe par M.B.)

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