Message de la Ghouta #2


Bonjour,
Merci de publier ma lettre et de la partager sur vos pages
Ma connexion est trop mauvaise et je ne peux pas la publier sur la mienne
Mes amis,
Le ciel soit loué, j’ai survécu moi et ma famille par miracle, grâce à Dieu
Les barils explosifs tombent sur nos têtes comme la pluie, ils ont détruit toute notre rue
La Ghouta est totalement à terre… et les pleurs des enfants n’ont pas cessé une seconde
Plus de 200 personnes s’agglutinent dans chaque abri souterrain
Les abris ne sont pas aménagés pour être habités… nous sommes dans le noir
Et le froid nous glace les os
La plupart des femmes qui allaitent n’ont plus de lait à cause de la peur et la terreur
Certaines femmes enceintes ont fait des fausses couches à cause des bombardements
Nos corps sont épuisés par la faim, nous n’avons pas de nourriture depuis trois jours
Ni à boire, ni médicaments
Nos enfants sont affamés et nous les regardons impuissants
Qu’ils jouissent donc les rois de la guerre de leurs abris équipés et remplis de nourriture !
Soyez maudits, je ne vous pardonnerai pas et les gens de la Ghouta ne vous le pardonneront jamais
Quant à toi, le grand criminel, Bachar, je prie Dieu pour qu’un jour tu goûtes la pire des vengeances divines… ton jour viendra !
Quant à vous, Al-Bouydani et Shmeir, le jour du jugement dernier, vous devrez rendre compte de vos querelles de petits chefs
Vous devrez alors justifier de chaque martyr, chaque blessé et toutes les larmes des enfants
Wael Alloun, Hamza Bayreqdar et Mohamad Allouche, allez cirer les pompes de vos maîtres et touchez votre butin pour chaque applaudissement… Allez récolter l’argent tâché de notre sang
Sachez que Dieu patiente mais n’oublie pas
Mes amis,
Ceci est ma dernière lettre,
Nous ne réclamons rien d’autre que de cesser ce massacre
Même si le prix est de quitter La Ghouta
Nous sommes des êtres humains et avons le droit de vivre en sécurité
Cinq années de siège, de bombardement et d’injustice, ça suffit !
Pour quelle raison devrions-nous lutter encore, alors que la terre entière est liguée contre nous ?
Pourquoi devrions-nous combattre ?
Pour la Ghouta ?
Qu’elle repose en paix, il ne reste plus que des cendres
Pour mes enfants ?
Je n’ai plus la force de les voir pleurer davantage
Les larmes de mes enfants et des enfants de la Ghouta sont plus chers que toutes les révolutions du monde
Nous avons assez enduré
Nous mourrons lentement… croyez-moi, nous nous considérons comme morts déjà, nous attendons juste la fin de ce cauchemar
Si nous sortons vivants d’ici, ce sera un miracle extraordinaire
Et si vous entendez la nouvelle de ma mort aujourd’hui
Ne soyez surtout pas triste pour moi
Priez pour mon âme et… pardonnez-moi 

Ward Mardini
Le 22/02/2018

(trad. par R.A.)

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