Message de la Ghouta #21

« Enfant de la Ghouta », par Amjad Wardeh

– Ça sent le chlore !
Cette petite phrase prononcée par une femme a été suffisante pour déclencher une peur panique dans le sous-sol où on était tous abrités.
Dès cet instant, une seule idée m’a obsédée : les enfants sont plus sensibles que les adultes à ce gaz toxique.

On avait prévu la possibilité des frappes chimiques du régime, alors on avait préparé quelques chiffons pour les mouiller avec de l’eau et du savon.
On nous avait dit que mettre devant la bouche des chiffons trempés dans l’eau savonneuse réduiraient les symptômes.

Mon nourrisson a commencé à tousser et à avoir du mal respirer, le plus grand se plaignait de ses yeux qui piquaient. C’était d’ailleurs le cas de tous les enfants dans cet abri.

J’ai cru devenir folle quand mon fils m’a dit : « Maman, j’étouffe ! » 
Mon petit suffoquait devant moi, et je ne pouvais pas le transporter à l’hôpital.
Comment ses petits poumons allaient-ils supporter l’odeur toxique du chlore ?!
Moi qui a toujours voulu, et voudrais plus que jamais, le préserver de la moindre brise de vent, j’étais incapable de le protéger de cette odeur acide qui s’infiltrait dans ses petites narines et celles de tous ceux qui étaient présents.

J’aurais aimé avoir plus de deux bras pour pouvoir aider ceux qui nous entouraient, et alléger la ténacité des symptômes qui avaient commencé à apparaître.

Tout le monde toussait, plus de 200 personnes ont risqué la mort et aucun d’eux ne pouvait sortir de cet abri.

On a vécu quelques minutes semblables à l’agonie, des minutes interminables dont on ne peut imaginer la dureté que si on les avait vraiment vécues.

On s’est résigné à notre sort. Dieu a voulu qu’on s’en sorte vivants pour que je puisse vous écrire de nouveau.

Merci Dieu d’être avec nous.

Ward Mardini
09/03/2018

(Trad. N. A.)

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