Message de la Ghouta #22

ill. Wissam Al Jazairy

Lorsque Helena est devenue assez grande pour comprendre, j’ai adopté la méthode de la punition et privation pour lui enseigner la différence entre le bien et le mal.

Par exemple, quand elle gaffe (à degrés différents bien sûr), je la prive de quelque chose qu’elle aime pour une petite période de temps ou je lui demande de sortir de la pièce tout en lui expliquant la raison de sa punition. Depuis la folle campagne contre la Ghouta, je ne peux plus la punir malgré ses comportements étranges qui sont aussi une réaction aux bruits qu’elle entend et la peur qui ne la quitte plus. Quand je lui demande de quitter la pièce, elle crie : « mais maman, il y a un avion ! »

Maintenant je lui dis d’aller contre le mur à côté de moi pour un temps bien limité et dès qu’elle entend un bruit (un obus largué par un hélicoptère, un missile guidé…), elle se met à crier : une bombe ! Je la prends alors tout de suite dans mes bras, elle s’y blottit en pleurant et en moins de dix minutes, elle s’endort même quand elle n’a pas sommeil !

Dans son esprit, il suffit que sa mère l’enlace et lui tienne la main pour qu’elle se sente à l’abri et qu’elle s’endorme en paix loin des bruits qu’elle n’arrive plus à supporter.

Je ne sais plus comment me comporter avec elle par ces temps difficiles, ni comment lui expliquer le bien et le mal avec tout ce qu’elle voit dans sa vie.
Leila Bakry, 9 Mars 2018, Ghouta Orientale.
(Trad. R. G.)

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