Message de la Ghouta #23

© Razan Sabbagh

Racontons l’histoire dès le début, lorsque cette révolution a commencé, et que nous avons commencé, en toute légitimité, à rêver d’une vie qui ressemble à la vie.

Nous voulions démentir le qualificatif de peuple « sous-développé et ignorant » avec lequel nous avait stigmatisés Assad dès sa prise de pouvoir en Syrie.

Nous avons dansé par-dessus nos propres morts, nous avons transformé la violence du régime en musique. Nous avons caché les photos de nos hommes, pour montrer celles de nos femmes et enfants et essayer d’émouvoir cet Occident placide. Nous avons offert nos torses nus à une mort cruelle pour prouver notre pacifisme. Nous avons porté des fleurs, des branches d’olivier et de laurier…

Puis, nous avons été transformés en champs d’études, en cycles de recherches, en lettres destinées aux mémoires des étudiants de master et doctorat. Les photos de nos enfants recevaient des prix internationaux, alors qu’ils étaient morts. Les tentes des réfugiés sont devenues sujets d’un fort abatage médiatique, surtout lorsqu’elles étaient couvertes de neige et de boue. Nos martyrs tués sous la torture dans les geôles sordides sont devenus des livres traduits…

Et malgré toute cette terreur programmée, Assad reste sur son trône et continue sa sale besogne. Il recommence même à s’exporter comme l’éternel protecteur de ce que l’on nomme la démocratie et la civilisation. Parce que l’Occident le voit assis à son bureau derrière son Macintosh, avec sur le plafond en arrière-plan des motifs fleuris, affichant ce même sourire béat et maléfique à son photographe.

Toute cette destruction des pierres et des vivants, tout ce sang, toute cette pourriture d’armes, toute cette froideur, tous ces soutiens… Tout cela prend fin et nous sommes plantés là pour dire :

Merci d’avoir assisté à notre extermination, merci de n’avoir RIEN fait !

Lorsqu’arrivera une nouvelle saison propice à l’extermination d’un autre vieux peuple, ce vieux peuple vous remerciera certainement pour ce « rien » que vous referez encore !

Bayan Rehan,
13/03/2018

(Trad. par R. A.)

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Email this to someone