Message de la Ghouta #25

Il est 6 heures du matin quand je parviens à sortir de sous les décombres avec ma famille. Les blessés se comptent par dizaines, les morts sont restés sous les débris de leurs maisons.
Je suis incapable d’apporter une réelle aide à quiconque alors que tout le monde m’appelle : « Docteur, docteur ! » Dans ces moments de détresse, je me sens tellement impuissant que je préférerai ne pas être médecin.
J’essaie tant bien que mal de rafistoler les blessures de quelques-uns, quand je suis interrompu par les cris des gens qui sortent d’un des abris proches : « Au secours docteur, nous avons des enfants et des femmes blessés ici. »
Je vais voir, la situation est indescriptible, aucun moyen de transporter les blessés, car on ne sait tout simplement pas où les amener, il ne reste aucun lieu sûr.
Les bombardements n’ont pas cessé une minute et ont détruit la plupart de nos abris, jusqu’aux fondations. On n’a ni médicaments ni nourriture. Il ne nous reste que la miséricorde de Dieu.
Il nous a fallu quatre heures pour parvenir à faire sortir une seule blessée (la femme de mon amie), elle a des lésions neurologiques… le seul soin que j’ai pu lui prodiguer, ce sont des bandages sur ses blessures et puis nous l’avons laissée sous surveillance dans un des abris encore utilisables.
On est complètement coupés du monde, personne ne peut nous atteindre, ni en voiture, ni à vélo, ni même à pied.
Je viens seulement de réussir à me reposer un instant et de me rendre compte que je suis blessé à l’épaule…
C’est la fin du monde à Hammouryia.
Je viens de sortir pour écrire ces mots.

Docteur Ismail, Hammouryia, Ghouta orientale
Matin du 14/03/2018

©Mohammad Omran

Ils sont en train d’anéantir Hammouryia ! L’armée arrive depuis plusieurs axes, les morts se comptent par dizaines, c’est un vrai génocide, plus de 5 000 personnes risquent de mourir.
L’armée avance du côté est de la ville, j’ai essayé de m’enfuir, mais c’est impossible : une famille entière est morte sous mes yeux durant le bombardement aérien, alors j’ai abandonné l’idée de poursuivre ma tentative.
Nous sommes revenus, j’ai conduit mes enfants dans un abri et puis je suis ressorti, tout seul, là, afin de vous envoyer ces quelques mots.
Les blessés gisent dans les rues par dizaines et il est impossible de s’occuper d’eux à cause de l’aviation qui cible le moindre mouvement à l’extérieur.
Des dizaines de familles ont essayé quand même de s’enfuir sous la pluie de bombes et personne ne sait si elles sont toujours en vie.
L’armée avance et s’immisce dans tous les quartiers de la ville, nous pilonne avec des roquettes, des obus, nous mitraille… appuyée par l’aviation.
Par pitié, aidez-nous, et relayez au moins ce message, car de toute façon nous savons qu’il ne nous reste que Dieu.
Je vous supplie de faire entendre ma voix à tout le monde, car vous lisez peut-être mon dernier message sur la situation à Hammouryia.

Docteur Ismail, Hammouryia, Ghouta orientale
Soir du 14/03/2018

(Trad. N. A.)

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