Message de la Ghouta #27

Je n’ai pas eu le loisir de lire tout ce que vous m‘avez écrit ni tous vos commentaires et réactions.
Le réseau internet est faible, presque inexistant… Mais il faut que j’éclaircisse un point : même si tous les révolutionnaires devaient mourir, la révolution ne mourra pas.

Beaucoup de choses se réalisent après la mort de leurs auteurs, j’espère au moins que la jeune génération vivra.
A ceux qui me demandent : puisque vous avez la possibilité de sortir, depuis un moment, pourquoi êtes-vous restés jusqu’à présent ? Je voudrais répondre : Tant que la Ghouta existait, nous y sommes restés, vous voyez bien ce qui arrive à ceux qui essaient d’emprunter les passages tenus par le régime.

Dès le premier jour ma décision était prise. Je savais que le déplacement des populations serait une punition. Je le pense toujours. Mais la communauté internationale a échoué à empêcher les gens de se jeter dans la gueule du loup.
Le régime a forcé les gens à choisir entre une mort lente et une mort rapide.

© Majed Sabouni

La mort rapide, c’est choisir de rester dans La Ghouta. La mort lente, c’est se livrer au régime pour qu’il les tue doucement.
Pour tous ces gens, il faut une solution. Il faut leur expliquer que la communauté internationale est impuissante mais qu’elle n’est pas totalement morte. Cette communauté est incapable d’arrêter la mort rapide causée par le chlore, les bombes et les hélicoptères, mais qu’elle pourra peut-être les aider une fois déplacés (même si c’est une punition pour eux). C’est toujours mieux que le sort réservé par Assad.

A ceux qui me demandent des nouvelles de ces deux derniers jours, la situation est dramatique : mort …. attaques au chlore, auxquelles j’ai été personnellement exposée deux fois.

Alors je l’affirme encore, à chaque minute de retard, il y aura des gens qui tout en sachant qu’ils se livrent à une mort certaine, s’y dirigeront quand même. Car ils pensent qu’une mort lente est préférable à une mort rapide. Ils préfèrent cette solution à celle de voir les soldats d’Assad débarquer et les massacrer tous.

Mais le plus important de tout cela encore, c’est que même si nous mourrons tous, la révolution, elle, ne mourra pas.
Et à tous ceux qui pensent que ce jour anniversaire de la révolution marque la première étincelle de notre révolte, sachez que la révolution vivait en nous depuis très longtemps déjà. Notre révolution est bénie et la victoire est proche avec ou sans nous.
Vous êtes notre espoir.

Nivin Hotary, 18/03/2018
trad. R. A.

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