Message de la Ghouta #29

Le discours qui consiste ces derniers temps à répandre les accusations de trahison, suite aux événements de La Ghouta orientale est, je le crains, une des maladies principales qui cause le plus de torts en Syrie. Chacun va de son accusation de l’autre, essayant par la même occasion de s’innocenter lui-même. Les premiers accusés ont bien évidemment été les factions armées. Pour moi, si l’on commence à blâmer, il n’y a pas que les groupes armés qu’il faut critiquer, mais tout le monde. Oui, tout le monde.

Chacun de nous est responsable et a commis des erreurs, mais dans notre société, on a l’habitude de voir les fautes des autres et de continuer sa route comme si de rien n’était.

Beaucoup, parmi les révolutionnaires qui ont porté les armes, l’ont fait avec loyauté, ont défendu et ont tout donné pour la révolution. Et beaucoup d’activistes civils se sont sacrifiés et ont tout perdu pour elle. En même temps, parmi les premiers, certains voulaient le pouvoir, l’influence et l’argent ; tout comme certains civils ayant travaillé dans les organisations et associations se sont révélés corrompus et ont causé plus de mal que les militaires. En somme, l’échec est collectif.

© HAni Abbas

Les lobbies qui gangrènent certaines organisations de la société civile ne sont pas moins destructeurs que la pression des factions armées et de leurs soutiens acharnés. Les activistes médiatiques ont eux aussi une part de responsabilité dans la destruction de la révolution.
Au début de la révolution, personne ne nous a payés, nous avons travaillé bénévolement par choix personnel. Mais ce n’est pas parce qu’on fait un choix qu’on a le droit de pavoiser et de s’attribuer des mérites en pérorant : nous, nous ceci ou nous cela à tout bout de champ.
Les accusations de trahison sont un discours mortifère. Ceux qui sont en Syrie accusent ceux de l’extérieur ; ceux qui sont hors de Syrie accusent ceux de l’intérieur. Le civil accuse le militaire de traîtrise, et le militaire accuse le civil de la même chose.

Je refuse ce discours. S’il nous reste un peu d’esprit révolutionnaire honnête, si nous sommes soucieux uniquement de l’intérêt de notre pays, alors nous devons accepter de faire notre autocritique et tenter de réparer nos erreurs.
Et je ne parle même pas de cet état d’esprit régionaliste qui fait également des ravages : chaque région accuse de trahison celles qui sont tombées, et c’est pour cela que toutes les régions ont fini par tomber.

Personnellement, au début de la révolution, je ne suis pas descendue dans la rue pour soutenir la ville de Deraa, je suis descendue parce que j’attendais l’étincelle qui allait provoquer la révolution dans toute la Syrie. J’ai abandonné mes études par foi en cette cause.
La révolution traverse une phase critique, elle se remet en question et examine ses erreurs. Ne croyez pas que la révolution est terminée et que nous l’avons perdue. La révolution est une idée, elle ne se résume pas au soulèvement de telle ou telle région, à tel ou tel drapeau, à tel ou tel étendard…

Notre révolution renaîtra et retrouvera sa force et sa fierté initiales une fois débarrassée des maux qui la rongent.
Ne blâmez pas celui qui s’est retourné vers le régime, car vous n’avez le droit ni de juger ni d’accuser.
L’enseignant fidèle, le médecin loyal, l’ingénieur, l’activiste, le militant d’ONG, le rebelle, le militaire… loyaux et intègres, ils reviendront.

Ceux qui pensent que l’opportunisme l’emporte sur la légitimité se trompent. La Syrie est plus belle et plus noble que cela. Ceux qui complotent et accusent seront les premiers rejetés par la Syrie, car ils doutent de la justice divine et de la révolution.
La révolution est une idée et les idées ne meurent pas.

Bayan Rahan, Ghouta, 26/03/18

(trad. R.A.)

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