Message de la Ghouta #6

photo. Nivin Hotary

Depuis une fenêtre minuscule, tout en haut de notre cellule collective au sous-sol, je regarde le monde…
Le ciel est loin et difficile à distinguer, bloqué par tout type d’avion : Megs, Sukhoi, aviation d’exploration.
Notre météo est pleine de barils mais aussi de nouvelles roquettes dont le son nous est encore inconnu, accompagnés d’averses d’éclats. La destruction qui s’en suit est massive !

A travers cette fenêtre, on est convaincu qu’il y aura une lumière au bout de ce long tunnel, qu’après la pluie, il y aura le beau temps ! On rigole de choses qui normalement ne sont pas drôles. On se rappelle de vieux souvenirs, on rit, on crie, on a peur et on retourne pour regarder par la fenêtre. On respire par cette fenêtre, mais la nuisance, la poussière et les éclats nous atteignent par la même voie.

Le temps passe et mes yeux restent collés à cette fenêtre. Beaucoup d’enfants autour de moi la fixent aussi. Un enfant de quatre ans répète sans arrêt la même prière « Seigneur, protège-nous de leur nuisance », il bouchait les oreilles chaque fois qu’on entendait les bombardements. Hélas, les bombardements n’arrêtent pas et ses petits doigts n’ont pas eu de répit. Je l’ai vu s’endormir par épuisement. Il s’est couché tout en protégeant ses oreilles avec ses mains et peu à peu ses mains se sont relâchées, soudain il a sursauté horrifié par le bruit d’un baril largué. Une autre fillette changeait sa place chaque fois qu’elle entendait les bruits assourdissants, tout en battant ses bras comme des ails, je ne comprenais pas pourquoi elle faisait ça. Elle non plus j’imagine, elle se sentait peut-être en en sécurité en le faisant, qui sait ?

Maya ne cesse de répéter la même question : « Maman tu m’aimes ? » Serait-ce sa façon de comprendre ce qui lui arrive ? Les attaques du régime seraient pour elle l’absence d’amour, et elle veut s’assurer du mien ? Qusay vieillit prématurément, il a peur mais refuse de l’exprimer.

Maintenant, je suis liée à cette fenêtre. Auparavant, ce n’était qu’une simple fenêtre discrète au bord d’un trottoir. Tant de gens sont passés à côté sans la remarquer. Je crains qu’il soit de même pour nous, que tant de gens passent à côté nous sans nous prêter attention.

Nivin Hotary
22/02/2018

(trad. par N. A.)

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