Message de la Ghouta #9


Aujourd’hui c’était mon premier jour dans l’abri. J’y suis descendue après que notre maison ait été touchée par un missile durant la nuit. On n’avait que deux minutes pour courir les 150 mètres qui nous séparaient de l’abri des femmes et enfants le plus proche. On a couru sans rien prendre avec nous, car tout ce qu’on voulait c’était échapper à l’enfer de feu qui s’abattait sur nous.

Une fois à l’intérieur, on a été accueilli par ceux qui nous avait précédés. Je n’arrivais pas encore à comprendre la situation, j’ai alors posé mon dos contre un mur, scrutant les visages apeurés autour de moi. Ce lieu me rappelait ma cellule dans la branche 215 à Kafr Sousa, où le gardien de prison était un employé d’Assad et où les modes de torture et de mort étaient variés. Je me suis endormie subitement (cela faisait 72 heures sans sommeil sauf pour quelques heures discontinues).

J’ai été réveillée par les détonations des barils explosifs tombés dans les parages. Je promène mon regard dans l’abri pour essayer de prendre connaissances des lieux et de ces personnes qui ont trouvé refuge comme moi ici. C’étaient des femmes et des enfants qui n’avaient pas idée de ce qui se passait dehors, leur seul souci était que le bombardement cesse, et aussi, de trouver de la nourriture. Je n’étais là que depuis six heures et je commençais déjà à suffoquer, surtout que j’avais perdu tout contact avec le monde extérieur. Je décide donc de reprendre le chemin de la mort, je fais mes adieux à ma mère en lui disant que je veux essayer de trouver de la nourriture mais aussi des nouvelles. Je cours vers la maison le plus vite possible et j’allume mon téléphone. Les messages ont commencé à affluer : le conseil de sécurité avait encore une fois échoué à se mettre d’accord sur une décision pour arrêter le massacre a Ghouta… Je donne 3 interviews à trois agences de presse internationales et je tente d’avoir des nouvelles de certains parents et amis tout en les rassurant quant à notre situation. Je cherche un message de LUI pour reconsolider mon espoir en l’importance de la vie. J’en trouve un ! Un pur moment de grâce !

J’ai oublié de vous dire que malgré les missiles et attaques aériennes continues, je tiens à continuer mon travail, je suis retournée à l’abri de la même manière dont je l’avais quitté. Il était 6 heures, et les enfants criaient et leurs mères ne parvenaient pas à les calmer. J’ai alors rassemblé les filles et j’ai commencé à leur raconter l’histoire de « Autant en emporte le vent » pour découvrir que tous les enfants et femmes de l’abri s’étaient rassemblés aussi autour de moi. Leurs yeux brillaient de curiosité pendant que je contais les aventures de Scarlett qui a pu vaincre les nordiques et restituer la gloire de Tara. J’ai enchaîné avec les histoires de Khodor et Moussa (Que la paix de Dieu soit sur lui) pour expliquer la sagesse divine du bon Dieu et sa manifestation dans notre existence. J’ai conclu avec l’histoire « Asma et la nuit du Henna », rien que pour voir les yeux briller à entendre cette histoire d’amour qui leur a permis d’imaginer les moindres détails de cette nuit de Henna. Je leur ai demandé quels étaient leurs rêves et ambitions, elles ont répondu qu’elles voulaient juste retourner à l’école. Alors, je leur ai promis que nous allions continuer à étudier le lendemain dans l’abri si elles dormaient calmement durant la nuit. J’ai même eu la chance de me lier d’amitié avec d’autres femmes ; elles m’ont offert une tasse de café en récompense de cette journée pleine de « distractions ».

Bayan Rehan
24/02/2018 (source : Easetrn Ghouta : WWW. Ghouta.com)
(Trad. R. G.)

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