Nizar Kabbani, le chantre de l’amour

Nizar Kabbani

Nizar Kabbani

Souvent célébré comme le chantre de la sensualité et de l’amour,Nizar Kabbani est l’un des plus populaires poètes contemporains de langue arabe. Ses poèmes casse l’image convenue de la femme orientale et inventent une poésie parlée et sensible.
Nizar Kabbani est né le 21 mars 1923 dans une vieille famille damascène traditionnelle. Son père était commerçant, mais son oncle a œuvré comme un précurseur dans le monde du théâtre. Sa sœur se suicide jeune à cause d’un mariage forcé, affaire qu’il révélera tardivement dans ses mémoires, mais qui influence ses écrits et son engagement pour la liberté des femmes.

Dès le lycée, Nizar Kabbani écrit des poèmes d’amour. En 1945, il est diplômé de la faculté de droit de l’Université de Damas. Il exerce un certain temps des fonctions diplomatiques de chargé d’affaires et de conseiller culturel dans les ambassades syriennes, jusqu’à sa démission en 1966. Il s’installe ensuite à Beyrouth au milieu des années soixante, ville où il résidera d’ailleurs de très longues années.

Il publie son premier recueil de poèmes, « La brune me l’avait dit », en 1944, suivi de « L’odeur du jasmin de Damas ». Nizar Kabbani écrit plus de trente-cinq recueils de poèmes, dont « L’enfance d’un sein » (1948), « Samba » (1949), « Tu es à moi » (1950), « Le journal d’une femme indifférente » (1968), « Des poèmes sauvages » (1970), « Le livre de l’amour » (1970), « 100 lettres d’amour » (1970), « Des poèmes hors- la loi » (1972), « Je t’aime, je t’aime et la suite viendra » (1978), « À Beyrouth, avec mon amour » (1978), « Que chaque année tu sois ma bien aimée » (1978), « Je jure qu’il n’y a de femmes que toi » (1979) et plusieurs autres œuvres. Il crée autour de lui une très grande controverse due au fait qu’il y relatait de manière parfois crue et érotique son amour pour les femmes.

Après la défaite arabe face à Israël en 1967, son œuvre prend une coloration plus politique et engagée pour la cause arabe. Il crée à Londres sa propre maison d’édition « Les éditions Nizar Khabbani » et publie « En marge du journal de la défaite ». Il conservera tout le long de sa vie une image d’intégrité car jamais il n’a chanté les louanges des dirigeants arabes.

Nizar Kabbani se marie deux fois. Il eut deux enfants de son premier lit, avec Zahra Akbik : Tawfiq décédé jeune, et Hadba, décédée en 2009. Sa seconde épouse, Balkis al-Rawi, une enseignante irakienne, lui donne également deux enfants, Omar et Zeïna. Elle trouve la mort dans un attentat perpétré par des activistes pro-iraniens contre l’ambassade d’Irak en 1981 à Beyrouth, où elle travaillait. Cette disparition affectera beaucoup le poète.

Après la mort de Balkis, Kabbani quitte Beyrouth. Il habite entre Genève et Paris puis s’établit à Londres pour ses quinze dernières années. Il continuera néanmoins à écrire des poèmes controversés comme « Quand annonceront-ils la mort des Arabes ? » et « Les coureurs ».

À partir de 1997, Nizar Kabbani souffre de problèmes de santé, il meurt à Londres en 1998 d’une crise cardiaque. Il formule le vœu d’être inhumé à Damas, qu’il décrivait comme étant la matrice qui lui apprit la poésie, la créativité et le gratifia de l’alphabet du jasmin. L’inhumation aura lieu, selon les vœux du poète, dans le caveau familial, dans le vieux Damas.

Poème :

Cogitations du… leader*
Chaque fois que j’envisage de quitter le pouvoir
Ma conscience me l’interdit…
Qui, après moi, gouvernera ces braves gens ?
Qui, après moi, guérira le boiteux ? Le lépreux ? L’aveugle ?
Qui ressuscitera les morts ?
Qui tirera les rayons de lune de sa manche ?
Qui enverra aux gens la pluie ?
Qui les châtiera de quatre-vingt-dix coups de fouet ?
Qui les crucifiera sur les arbres ?
Qui leur imposera, sinon, de vivre comme les vaches ?
De mourir comme des vaches ?
Chaque fois que j’envisage de les quitter
Mes larmes se déploient comme un nuage !
Je m’en remets alors à Dieu…
Et je décide d’enfourcher le peuple
Jusqu’au jour du Jugement dernier !

Textes de Nizar Kabbani parus en français :
Nizar KABBANI, Poèmes chantés et autres succès. Editions Marsam, coll. Poésie, 2007.

Par Rania S. G. et Racha A.
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* Poème traduit par Rania Samara, source : Nizariat (arabe)

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