Razan Zaitouneh

Razan Zaitouneh

Razan Zaitouneh

Avocate, écrivain et militante de la société civile, Razan Zaitouneh se consacre depuis l’année 2000 à la défense des droits de l’Homme et des prisonniers politiques en Syrie. Elle est membre co-fondateur des Comités locaux de coordination (LCC) de la révolution, composante importante de l’opposition syrienne, du Centre de documentation des violations (VDC), organisation non-gouvernementale ayant pour but de documenter les violations des droits de l’Homme en Syrie, et du Bureau de soutien au développement local et aux petits projets (LDSPS), organisation non-gouvernementale à vocation humanitaire. Tout au long de son parcours, Razan a reçu plusieurs reconnaissances internationales pour son remarquable engagement.

Les débuts

Née en Syrie en 1977, Razan finit ses études de droit à l’université de Damas en 1999. Depuis le début de sa carrière d’avocate, elle se consacre à la défense des prisonniers politiques. En 2000, elle rejoint l’Association des droits de l’Homme en Syrie (HRAS), fondée après l’arrivée de Bashar Al-Assad au pouvoir en juillet 2000. Très active, elle joue un rôle très important dans le travail de cette association.

En 2003, Razan quitte l’HRAS et travaille comme avocate indépendante. Elle collabore avec une équipe d’avocats pour défendre les victimes des violations des droits de l’Homme en Syrie, et en particulier les prisonniers politiques. Dans cette équipe, on compte l’avocat et militant Khalil Maatouk, en détention depuis 2012, Michel Shammas et d’autres. En 2005, Razan crée la première Base de données sur les droits de l’Homme en Syrie (SHRIL), une plateforme sur Internet ayant pour but de documenter les atteintes aux droits de l’Homme commises par le régime en Syrie.

Depuis 2004, Razan a publié de nombreux articles et reportages sur les crimes contre l’humanité et la liberté d’expression en Syrie.

La révolution

Depuis le début du soulèvement en mars 2011, Razan y prend tout naturellement partie. Elle se donne pour mission de dénoncer, au monde entier, les atrocités commises par les forces de sécurité du régime : enlèvement, arrestation, torture et mise à mort des manifestants pacifiques. Au péril de sa propre sécurité, elle donne des entretiens et publie des articles témoignant de la révolution syrienne.

Face à l’interdiction d’accès, imposée par le régime, aux journalistes étrangers et aux membres d’organisations internationales, il fallait trouver un moyen pour atteindre les médias étrangers. C’est ainsi que se sont formés les tansiqiyat (comités de coordination), des groupes de jeunes activistes ayant pour mission d’organiser et de documenter les manifestations. Ces petits groupes dispersés à travers la Syrie devaient unir leurs efforts, échanger leurs informations et faire parvenir leurs documentaires, souvent filmés par caméra de téléphone mobile, aux médias. Ils décident de se regrouper dans les Comités locaux de coordination (LCC) qui est un acteur majeur sur le terrain. Razan joue un rôle essentiel dans la création et l’évolution des LCC. Elle travaille sans relâche pour rassembler les activistes et surmonter les conflits en laissant de côté les différends idéologiques.

L’activisme de Razan attire l’attention du régime. Il l’accuse d’espionnage et de conspiration contre la Syrie. Dans la crainte d’être arrêtée, torturée, ou tuée, elle entre dans la clandestinité en mai 2011, se déplaçant d’un endroit à l’autre, évitant l’utilisation des téléphones mobiles, et prenant des précautions de sécurité très strictes. Razan sait qu’elle est une cible et que sa vie est en danger constant…

Le 9 décembre 2013, elle est enlevée en compagnie de trois autres activistes, Waël Hamada, son mari, Samira Al-Khalil et Nazem Al-Hamadi, à Douma (partie ouest de la Ghouta, banlieue de Damas), où elle se cachait pour échapper aux forces gouvernementales. Selon des membres des LCC, l’enlèvement serait commis par une milice salafiste dont Razan dénonce et documente les crimes.

Reconnaissances et prix internationaux

  • Prix Shakharov pour la Liberté de pensée (2011)
  • Prix Anna Politkovskaya pour la Défense des droits de l’Homme (2011)
  • Nommée « Penseur mondial » (Global Thinker) par le magazine « Foreign Policy » (2011)
  • Prix Ibn Rushd (2012)
  • Prix « Femme Courage » (2013)
  • Prix « Pionnier mondial » (Global Trailblazer) de « Global Leadership Awards » (2014)

Mot1 de Razan Zaitouneh suite à sa nomination « Penseur Mondial » en 2011

Merci de m’avoir donnée la chance d’envoyer ce message depuis ma ville bien-aimée, Damas.

Huit mois de notre révolution pour la liberté et la justice sont passés. Plus de 4 500 personnes ont été tuées par le régime syrien, et des dizaines de milliers arrêtées ou disparues.

Beaucoup de personnes se demandent pourquoi les Syriens sacrifient-ils leurs vies, pourquoi supportent-ils tant de souffrance et de sang depuis plus de huit mois ? Je voudrais simplement leur dire que, cette souffrance, nous l’endurons depuis plus d’un demi-siècle, privés de nos droits les plus élémentaires, nous vivions apeurés et désespérés. Nous faisons aujourd’hui face à l’un des régimes les plus brutaux dans la région et dans le monde, avec des manifestations pacifiques, des slogans pour la liberté, des chants pour une nouvelle Syrie et pour un nouvel avenir. Nous découvrons, pour la première fois depuis des décennies, le son de nos voix, nos véritables personnalités, mais surtout, nous avons le sentiment de faire tomber les murs de la peur enfuis en nous.

Je suis très fière d’être syrienne, de prendre part à ces jours historiques, et de sentir toute cette grandeur à l’intérieur de mon peuple qui montre une foi étonnante.

Nous apprécions beaucoup l’aide et le dévouement de ceux qui nous ont soutenu de quelque façon que ce soit dans le monde, des ONG à la société civile, des médias aux individus…

Cependant, il est très important de lancer plus d’actions pour mettre fin au bain de sang en Syrie. Des actions telles que couper toute sorte d’aide financière ou militaire au régime, exercer davantage de pression pour obtenir une résolution de l’ONU dénonçant les violences contre les civils et envoyer des observateurs pour protéger ces derniers, entreprendre des actions juridiques devant la Cour Pénale Internationale, contre les personnalités clés du régime, responsables de torture et de meurtres. Ces actions aideront le peuple syrien à gagner plus rapidement sa bataille, avec moins de victimes et de souffrances.

Merci au magazine « Foreign Policy » de m’avoir choisie parmi les penseurs mondiaux de cette année. Nous avons appris que nous pouvons tous vivre dans un monde meilleur si nous nous unissons pour procurer la dignité et la liberté à tous et à chacun.

Par Sawsan A. et Racha Abazied
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1. Message vidéo enregistré en anglais, voir la vidéo ci-dessous.

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