Reem Yassouf : Le clair-obscur du monde de l’enfance

Le 9 décembre s’ouvrait l’exposition de peinture de Reem Yassouf à la Galerie Europia, à Paris. L’occasion et le plaisir pour nous d’aller rencontrer une des plus talentueuses artistes syriennes de la jeune génération, qui a soutenu notre projet « 1001 cartes pour les enfants de Syrie ».

Le thème de prédilection de Reem Yassouf est l’enfance. L’artiste peint avec une tendresse inouïe des enfants graciles sortis d’un monde imaginaire. Des enfants ballottés par le vent qui se dégagent avec douceur d’un décor d’une grande sobriété. De petits corps angéliques, dont les traits sont esquissés avec finesse, s’envolent, tantôt portés par des hirondelles et des cerfs-volants, tantôt endormis, accroupis ou couchés à terre, comme autant de rêves innocents échappant à une réalité sordide.

Dans les toiles de Reem Yassouf, aucune couleur vive, seulement des dégradés de noir, de marron et de gris qui se juxtaposent. Le blanc se démarque, comme une couleur à part entière, comme s’il était la lumière qui absorbe toutes les couleurs sombres pour en refléter ensuite leurs ombres sur la toile. Cela crée une impression aérienne et légère. Lorsqu’on interroge Reem Yassouf sur ses choix de couleurs, elle répond simplement : « J’ai abandonné les couleurs, car les conditions de vie des enfants de mon pays sont très dures ». L’enfant chez Reem Yassouf, c’est notre fragilité à tous, notre part d’innocence oubliée. Pour elle « l’enfant est un être capable de créer son propre univers, un cocon où il peut s’éloigner et s’abriter loin de la grisaille qui l’entoure ». Il a souvent un chat pour compagnon, cet ami si doux, témoin silencieux du monde humain. Il oscille entre son monde rêvé, que l’artiste illustre par le blanc du ciel et la réalité sombre, peinte avec les couleurs de la terre.

L’enfant est aussi ce messager de paix et d’innocence sacrifiée. Les petits corps dénudés et fragiles portent des missives en forme de lettres, des messages qui s’envolent avec les nuées d’hirondelles, pour qui veut bien encore les entendre…

L’exposition porte le titre de « Brises froides ». Reem Yassouf explique ses choix dans cette présentation qu’elle a fait de ses œuvres :

Brises froides
Je n’étalerai pas de couleurs,
mais une voix qui répercutera l’écho de mes enfants et de mes rêves.
Je ne tracerai pas de ligne,
mais un mot sur une toile blanche
Pour que mon petit oiseau l’apporte aux cœurs qui attendent.
Mes oiseaux connaissent le chemin
Je ne peindrai pas un tableau pour qu’il soit accroché,
mais l’utérus d’une mère qui protège son enfant
Du froid et de la famine
Du mal et de la résignation,
Dans mon pays il y a une guerre,
qui avant de voir le sourire de mon enfant… l’a trahi

Exposition « Brises froides » à la Galerie Europia, à Paris du 9 décembre 2014 au 23 janvier 2015.

Reem Yassouf

Reem Yassouf

Reem Yassouf
Née dans la ville syrienne de Deir Atteieh, le talent de Reem Yassouf a été reconnu dès son jeune âge. Enfant, elle adorait les couleurs et disait qu’elle pouvait même sentir l’odeur des couleurs et des sons ! Diplômée de la faculté des beaux-arts, section peinture, à l’Université de Damas en 2000, Reem Yassouf continue sa formation artistique en apprenant l’art la bijouterie, qui lui a appris le traitement minutieux de l’objet et la considération des surfaces. Elle a exposé dans de nombreux pays (expositions collectives et personnelles) et a participé à des festivals. Elle a été couronnée de plusieurs prix et récompenses dont plusieurs du Word Gold Council.

Par Racha Abazied

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