Rosa Yassin Hassan : Quand le politique rencontre l’intime

Rosa Yassin Hassan

Rosa Yassin Hassan

Romancière et architecte syrienne, née à Damas en 1974, elle est l’ainée de trois filles. Sa famille est originaire de Lattaquié où elle a passé son enfance. Après des études d’architecture, elle gagne sa vie en restaurant des anciens monuments pour le compte du Ministère du tourisme. Elle commence l’écriture durant ses études universitaires, encouragée par son père, lui-même écrivain, qui lui communiqua sa passion pour les lettres, et par sa mère, journaliste. Dans ses livres, elle décrit l’âme humaine, ses faiblesses, ses contradictions, ses points forts et ses tournoiements. Le point de départ de ses textes relate généralement ses expériences personnelles, considérant que la part intime de ce qu’elle décrit touche forcément le lecteur.

Ses ouvrage parlent d’évènements politiques, décrivent ce qui se passe dans les prisons, l’influence de la vie politique sur la personnalité des jeunes, ce qui les pousse vers la dépression psychologique et la déconnexion avec la société, et parfois jusqu’à l’immigration. Elle appartient à cette génération d’écrivains qui sait dire non à la réalité sociale et politique et qui n’a pas peur de s’exprimer ses opinions et de prendre une position claire par rapport à ce qui l’entoure. Elle évoque la nouvelle génération de Syriens et leurs rêves avortés et cherche à briser les tabous sociaux. Dans son livre « Négatif », elle a su transformer les documents authentiques en une œuvre littéraire de grande qualité, en racontant la vie des prisonnières politiques de gauche et leurs souffrances. Certains de ses livres sont interdits en Syrie, elle a été interrogée à maintes reprises par les services de renseignements, mais cela ne l’a pas empêchée de continuer à écrire et à prendre une position claire contre le régime. Elle est favorable à la révolution en cours, et soutient le soulèvement du peuple syrien pour la démocratie. Elle a animé l’association féministe Des femmes pour la démocratie.

Bibliographie :
Nouvelles : Samâ’ un mulawwanatun bi-l-daw’, «Un ciel coloré de lumière», 2000.
Romans : Âbanûs, «Ebène», 2004, Hurrâs al-hawâ’, «Les Gardiens de l’air», 2009 et Brova, «Epreuve», 2011.
Récit  : «Négatif» 2008.

Gardien de l'air

Gardien de l’air

Les Gardiens de l’air
Traduction d’Emmanuel Varlet, Actes Sud, 2014. (>Présentation de l’éditeur) :

Anat Ismaïl travaille à l’ambassade du Canada à Damas comme traductrice-interprète de Jonathan Green, représentant du Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En attendant la libération de son compagnon, Jawad, jeté en prison pour appartenance à une organisation communiste clandestine, elle s’efforce de lui rester fidèle, en dépit de la solitude et de la frustration sexuelle. Deux de ses amies, Mayyasa et Doha, se trouvent dans la même situation : la première, qui a elle-même vécu l’expérience carcérale, entend bien résister à la tentation de prendre un autre homme ; la seconde n’hésite pas à demander le divorce

Les histoires intimes de ces femmes s’articulent à celles des demandeurs d’asile dont Anat traduit quotidiennement les témoignages et qui, pour la plupart, appartiennent à des minorités ethniques ou confessionnelles laminées par le despotisme des régimes en place. Dans ce champ de ruines, la sortie de prison des anciens militants, naguère porteurs d’un idéal collectif, est un moment de vérité particulièrement douloureux…

Publié deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien, ce roman est l’un des plus représentatifs d’une nouvelle littérature qui, transgressant tous les tabous, s’est employée à ressusciter la mémoire interdite de deux décennies marquées par l’infinie brutalité de la répression.

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