Tammam Azzam, l’art hybride pour dénoncer la guerre

Deux ans après le début du soulèvement syrien, une image a fait le tour de la toile, celle du fameux baiser de Klimt revisitée par l’artiste syrien Tammam Azzam. A la manière d’un graffiti, la peinture originale était colée sur le mur d’un immeuble en ruines criblé de balles. Cette image choc fait partie d’une série appelée Freedom Graffiti, appartenant elle-même à un ensemble plus grand nommé The Syrian Museum (« Le musée syrien »), où l’artiste revisite un à un les grands tableaux de l’histoire de l’art mondial : Mona Lisa, Picasso ou Matisse qui passent à tour de rôle par Photoshop.

Les juxtapositions de Tammam Azzam détonnent et prennent le spectateur à témoin de la destruction spatiale et humaine. De formation classique (peinture à l’huile), l’artiste a pourtant toujours aimé mêler les matériaux et les formes, privilégiant les mélanges de surfaces et de volumes, et ce bien avant d’entamer son travail purement graphique, utilisant les techniques du numérique. Aujourd’hui, il expérimente différents médias, facilitant la création d’une « forme hybride », qui se nourrit à la fois du street-art, façon Banksy, comme de l’art classique.

La fameuse carte ensanglantée de la Syrie est un autre exemple de ses mélanges étonnants. Peinte sur toile blanche, avec pour seule couleur le rouge, cette oeuvre exprime toute la souffrance d’un pays de manière symbolique et forte. On ne peut d’ailleurs qu’être admiratif devant la productivité et la variété du travail de Tammam Azzam : photomontages, peintures, installation à partir de cordes à linge, vêtements déchirés… L’artiste est un touche-à-tout qui tente d’exprimer ce qu’est la guerre et la dévastation, comme s’il lançait un cri à la face à un monde indifférent.

Né à Damas en 1980, Tammam Azzam vit et travaille à Dubaï. Il est diplômé de la faculté des Beaux-arts de l’université de Damas, section peinture. Il a notamment été l’invité de plusieurs expositions monographiques ou collectives, dont la Biennale des arts graphiques de Ljubljana (Slovénie, 2013) ; la galerie Ayyam de Beyrouth (2013), de Londres (2013), de Dubai (2012, 2009) et de Damas (2010). En 2014, Tammam Azzam participe à FotoFest à Houston, Texas.

Par Racha Abazied

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