Un voyage au cœur de la dévastation : « Notre terrible pays » d’Ali Atassi et Ziad Homsi

Quand un film réunit Ali Atassi, Yassine al-Haj Saleh et Ziad Homsi, on obtient forcément une vision inédite de la révolution syrienne. Un casting de choix offre les points de vue de deux générations qui témoignent, chacune à sa façon, de cette Syrie en pleine mutation. « Notre terrible pays » est un road-movie qui se déroule dans une Syrie dévastée, parcourue par un grand penseur et opposant syrien, Yassine al-Haj Saleh, en compagnie d’un jeune photographe-combattant, Ziad Homsi.

Ce film nous plonge au cœur de la Syrie en guerre. La caméra se déplace en compagnie de Yassine al-Haj Saleh, un intellectuel et opposant qui a passé 16 ans dans les geôles du régime, elle le suit entre Damas où il a vécu clandestinement après les évènements de 2011 et Douma dans la banlieue de Damas où il a préféré rester avec sa femme Samira Al-Khalil et les autres activistes. Enfin, elle filme son arrivée à Raqqa au nord de la Syrie, itinéraire qui ne manque pas de dangers, vers un refuge forcé, avant l’exil inéluctable en Turquie.
Ziad Homsi accompagne Yassin derrière la caméra tout au long de ce trajet, il nous fait partager ses commentaires, ses réflexions, ses doutes et sa déception progressive face à l’étendue de la destruction et aux souffrances dans lesquelles sombre désormais la Syrie et tout son peuple.

Homsi, qui au début du filme accompagne et film l’itinéraire de Yassin al-Haj Saleh, cède la place derrière la caméra à Ali Atassi qui les rejoindra à Raqqa et prend la suite du film en main. Dès lors, le réalisateur capture les images d’un échange intergénérationnel et d’une belle amitié entre le jeune photographe et l’éminent théoricien. Homsi passe donc devant la caméra et devient un personnage du film, on le voit d’ailleurs se faire kidnapper pendant deux mois par Daech lors de son retour.

Ali Atassi, réalisateur et opposant au régime syrien dont le père est resté des décennies en prison à l’époque du père Assad, ose aborder de front et sans détours des sujets sensibles. Auparavant, il avait réalisé des documentaires sur la vie de l’opposant syrien Riad Al-Turk, et du penseur égyptien Nassr Hamed Abu Zeid.
Ce film nous pousse à réfléchir sur le rôle que doivent tenir les intellectuels dans la révolution et comment ils doivent réagir face aux soulèvements et attentes du peuple. Il nous questionne aussi sur notre rôle, nous les Syriens, envers notre pays. Enfin, il nous laisse consternés devant le lot de déceptions et de destructions qui ont suivi le soulèvement populaire.

« Notre terrible pays » est un film poignant qui laisse au spectateur un sentiment de grande tristesse et de gâchis face à l’impasse dans laquelle se retrouve actuellement la révolution syrienne.

Par Nemat A.

Affiche de "Notre terrible pays"

Affiche de « Notre terrible pays »

Notre terrible pays
Grand Prix FID Marseille 2014
Scénario : Mohammad Ali Atassi
Image : Ziad Homsi, Saeed Albatal
Musique/son : Nadim Mishlawe
Montage : Marwan Ziadeh
Production : Bidayyat for Audiovisual Arts/Christin Luettich
Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Email this to someone